26 septembre 2010
La vie devant ses yeux, Laura Kasischke
Je poursuis mon exploration de l'oeuvre de cette américaine, dont je dévore les livres. Qu'il est exaltant de découvrir un nouvel auteur qu'on se met à adorer ! On se jette avec avidité sur tout ce qu'il a écrit.
Ce roman-ci est, à nouveau, un grand roman, dont a d'ailleurs été tiré un film avec Uma Thurman (que je n'ai pas vu).
L'histoire commence avec deux lycéennes, Diana et son amie Maureen. Elle sont dans les toilettes des filles quant survient une attaque : un élève du lycée se met à tirer sur tout le monde. C'est la panique et bientôt il arrive jusqu'aux deux amies et leur demande laquelle des deux il doit tuer...
Ensuite, nous suivons Diana, la quarantaine, qui se réjouit de sa "vie de rêve" : un mari adoré, une charmante petite fille, une maison en banlieue ... Les jours coulent et la vie est douce, mais peu à peu son quotidien se ternit et est envahit par de petits incidents étranges. Diana est-elle au bord de la folie ? quelqu'un lui veut-il du mal ?
Impossible d'en dévoiler plus sur cette histoire trouble, histoire à tiroirs, qui va crescendo jusqu'à une fin abrupte, qui pousse le lecteur ébahi à réfléchir et à se poser cette question : ai-je été manipulé ? ai-je tout compris ? En général, ça m'énerve, ce genre de questions, ça montre juste que je n'ai rien compris et ça me frustre. J'avoue même avoir eu besoin de farfouiller sur le net, pour avoir des interprétations d'autres lecteurs ou spectateurs du film. Et eux avaient compris ....
Ce roman est magistralement maîtrisé, tout s'emboîte à merveille, l'histoire est passionnante et angoissante et, comme toujours, le style de Laura Kasischke est remarquable. Un roman qui s'inscrit parfaitement dans la logique d'une oeuvre complexe et trouble, peut-être que ce roman-ci est un peu plus "compliqué" que les autres. Mais j'ai adoré !
04 août 2010
Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke
Gros, gros coup de coeur pour ce roman !
Kat a 16 ans et sa mère, femme au foyer dans une banlieue américaine, disparaît du jour au lendemain, la laissant seule avec son père. Femme froide, distante et parfois cruelle, la mère de Kat est un personnage fascinant.
"En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est
réellement partie. Elle s'est installée dans la banlieue avec un mari.
Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour - de cette
façon qu'ont les épouses et les mères d'âge moyen d'être de moins en
moins visibles à l'oeil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre
magazine quand elle entre dans la salle d'attente du dentiste, mais
elle est en fait transparente."
Kat retrace son enfance où elle était alors "le petit animal de compagnie" de sa mère, le couple qu'elle formait avec son père, son mépris pour cette homme, la distance qui s'établit entre eux. Les mois puis les années passent, sans aucune nouvelle. Kat grandit, vit sa vie, s'affranchit du souvenir de cette mère évaporée et évanescente, jusqu'au jour où ...
L'écriture de Laura Kasischke est extraordinaire. Poète aux USA, son style est empreint d'une délicatesse et d'une pureté incroyables. Tout en restant terre à terre, car le lecteur ne décroche jamais de sa prose limpide, elle manie à la perfection le sens du suspense. J'ai littéralement dévoré ce roman jusqu'à la dernière ligne, sachant déjà qu'il ferait partie de ces quelques livres qu'on a du plaisir à relire, juste pour les savourer.
"J'ai seize ans lorsque ma mère se glisse hors de sa peau par un après-midi glacé de janvier - elle devient un être pur et désincarné, entouré d'atomes brillants comme de microscopiques éclats de diamant, accompagné, peut-être, par le tintement d'une cloche, ou par quelques notes claires de flûte dans le lointain - et disparaît.
Personne ne la voit s'en aller, mais elle est bel et bien partie. (...)
Elle gardait notre maison dans un état de propreté et de stérilité qui aurait pu
rivaliser avec l'esprit de l'hiver lui-même ; alors peut-être a-t-elle
tout simplement fini par s'épousseter elle-même, en un nuage lumineux
qui s'est envolé par la fenêtre de la chambre, un nuage fait d'une
poudre douce comme le talc, qui s'est mélangé avec les flocons qui
tombaient, avec la poussière céleste et les cendres lunaires qui
flottaient au loin"
Le lecteur sent le désastre approcher, le secret sous la façade, les tensions. Tout va crescendo. J'ai vraiment adoré ce livre. Déjà avec "La couronne verte", j'étais très emballée, mais avec celui-ci je n'ai qu'une envie, courir à la librairie acheter l'oeuvre complète de Laura Kasischke (et pourtant j'avais détesté "A moi pour toujours" ...).
A conseiller vivement, mais attention, car après les autres livres semblent vides et fades ...
02 août 2010
Nage libre, Nicola Keegan
Philomena est, depuis toujours, beaucoup plus à l'aise dans l'eau que sur la terre ferme. Issue d'une famille où tout se déglingue doucement, entre la mort d'une de ses soeurs, puis celle de son père et enfin la dépression de sa mère, la jeune fille se réfugie dans la natation, qui l'obsède. De cours en compétitions, elle est remarquée par un célèbre entraîneur et devient l'espoir olympique de l'Amérique. Enchaînant les médailles d'or, Philomena doit aussi gérer sa famille, son adolescence, les rivalités avec les autres nageuses, et l'amour.
J'avais remarqué ce livre sur plusieurs blogs littéraires et les critiques étaient unanimes ... Je me suis donc lancée dans cette lecture, persuadée que moi aussi je ressentirais une grande empathie pour Philomena, que j'adorerais le personnage et que ce livre, j'allais le mettre en évidence dans ma bibliothèque, le lire et le relire.
Et bien, pour tout vous dire, je suis plutôt mitigée. L'histoire est intéressante, les personnages sont fouillés et celui de Philomena n'est pas antipathique, pourtant ... Pourtant, elle m'a souvent exaspérée, je l'ai trouvée froide, dure, pas toujours facile à suivre. L'écriture de l'auteur ne l'est pas non plus, facile à suivre. Le style est assez particulier, une voix originale, des dialogues sous forme d'italiques, une prose qui file comme une flèche, mordante et énergique ... de l'humour aussi, malgré les malheurs qui s'abattent sur la famille de l'héroïne... Je n'ai pourtant pas songé à abandonner ma lecture, mais je n'en suis pas sortie enchantée non plus. J'ai souvent lu un peu "de loin", en pensant à autre chose.
Je dirais donc que ce roman est une lecture agréable, mais je ne rejoins pas le clan des blogueuses dithyrambiques (Cuneipage en dit beaucoup beaucoup de bien ici, de même que Amanda).
Un extrait :
« Chaque être humain traverse une phase critique lors de laquelle il se comporte en connard fini – à l’exception notable des connards à temps plein, les connards professionnels. Je suis devenue une connasse de première catégorie, ce que j’ignore encore tant la connerie émousse toute autocensure, toute empathie, toute faculté d’admettre que l’on se ment à soi-même. Je snobe des gens que je connais parfaitement, tourne le dos à des choses qui me sont pourtant essentielles, prétends jouir d’objets rares que je ne possède pas, fais mine d’avoir radicalement changé en restant exactement la même. »
25 juillet 2010
La Couronne verte, Laura Kasischke

Anne, Michelle et Teri, trois adolescentes américaines, partent pour la première fois loin de chez elles, au Mexique, pour le "Spring break", rituel américain des vacances de printemps. Elles sont logées à l'hôtel, qui grouille de jeunes venus profiter de leur liberté, se saoûler d'alcool et de soleil, faire la fête à en perdre conscience. Teri les délaisse bientôt pour se joindre à la mêlée, tandis qu'Anne et Michelle veulent partir à l'aventure, au-delà de l'hôtel. Elles décident de suivre un inconnu leur proposant une visite dans un temple maya ... pour leur plus grand malheur.
Les chapitres, courts, font alterner le "Je" de Anne et le point de vue de Michelle, à distance. Anne raconte les faits, les détails, de manière objective, tandis que la narration pour Michelle est poétique, empreinte de mystère, comme si les deux amies n'étaient déjà plus à égalité. Anne reste sur terre, tandis que Michelle fonce dans son "aventure" et y voit une expérience presque mystique. La troisième, Terri, représente la masse des autres ados, ceux venus s'amuser, se défoncer, une ombre floue qui boit, danse, s'expose trop au soleil et s'effrondre sur son lit inconsciente. Anne et Michelle veulent plus que cela. Entourées de conseils de prudences par leurs mères, elles font tout le contraire : oublient leur crème solaire sous la brûlure du Mexique et surtout acceptent de suivre un inconnu dans la jungle.
"Il avait suffi de quelques heures de voyage, mais l'idée que le monde était petit, qu'elles pouvaient rentrer chez elles en un clin d'oeil, n'était qu'une impression trompeuse. Elles étaient très loin de chez elles. (...) Ce ciel et cette mer ne servaient pas uniquement de décor à l'Hôtel del Sol. Ils ne faisaient pas qu'offrir une plage où jouer au volley à des bandes de jeunes Américains. Ils constituaient un enchaînement de mystères formidables. ils existaient bien avant tout le reste et perdureraient après le départ des touristes. (...) Sans électricité ni personne alentour, il était possible de s'imaginer en aventurière foulant ces terres pour la première fois, se dit Michelle. Seule au milieu de la péninsule du Yacatan, perdue dans la jungle bruissante d'animaux, dans le noir le plus complet, au bord de cette grande énigme -jusqu'à ce que la lumière réapparaisse, se fasse de plus en plus intense, se répande, plus éclatante que jamais".
Le suspense se fait haletant, au fur et à mesure des chapitres où l'on suit les deux jeunes filles, et le drame se profile. Inévitable. Mais quel sera-t-il ? Le lecteur ne peux plus lâcher le livre et frémit avec Anne, tout en pressentant que le danger vient peut-être d'ailleurs.
"Je tentai de me rassurer en me disant que le site serait envahi de touristes en majorité américains. Ander ne nous aurait pas emmenées dans un endroit où tout le monde nous verrait avec lui si ... Anne, t'as trop regardé la télé, pensai-je alors. Anne, n'accepte jamais rien d'un inconnu, susurra ma mère ...".
Puis les événements s'enchaînent, et l'écriture magnifique de l'auteur ne nous en présente aucun détail. On ne saura rien des atrocités subies, il n'y aura pas de scène "du crime". Le mystère restera entier, jusqu'aux toutes dernières pages qui, elles aussi, nous laissent un peu sur notre faim. Mais c'est tellement plus fort ainsi ...
Roman d'apprentissage donc, où les deux héroïnes partent vers l'inconnu dans une joyeuse naïveté et finissent dans un cauchemar, loin des vacances annoncées, loin de leur jeunesse insouciante, "La couronne verte" est un roman magnifique, fort, merveilleusement écrit, qui vous drogue et vous accroche à ses pages jusqu'à la dernière, haletant.
22 juillet 2010
Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier
Ce roman nous conte l'histoire de deux femmes, au début du 19°siècle, Mary Anning et Elizabeth Philpot. L'action se passe à Lyme, petit village sur la côte de l'Angleterre. Depuis l'enfance, Mary Anning est une "chercheuse de curios". Elle parcourt inlassablement la plage en quête de fossiles, ces "prodigieuses créatures", venues du passé. Frappée par la foudre étant bébé, l'enfant est déjà une curiosité dans le village. Sa famille pauvre survit grâce à la vente de ces fossiles.
Elizabeth est une vieille fille, qui vient vivre au village avec ses soeurs et qui se prend de passion pour les fossiles. Les deux femmes vont se lier d'amitié et faire ensemble de surprenantes découvertes, qui feront avancer la science.
Mais elles se heurteront au scepticisme des villageois, à l'orgueil des savants qui ne voient pas d'un bon oeil que "de simples femmes" se permettent d'intervenir dans des débats scientifiques, sans compter une certaine rivalité qui va s'immiscer entre les deux amies.
Admirative de Tracy Chevalier depuis l'inoubliable "Jeune fille à la perle", j'ai dévoré ce nouveau roman avec beaucoup de plaisir. Comparée à juste titre à Jane Austen, pour la finesse de son écriture, l'auteur sait distiller dans son récit captivant des éléments scientifiques et des questions philosophiques, sans que cela ne soit rebutant pour le lecteur. Le sujet des fossiles n'étant pas ce qu'il y a de plus glamour, j'étais légèrement craintive, avant de me plonger avec délices dans ce livre, dont les chapitres font alterner les voix de Mary et d'Elizabeth.
Toutes deux sont, par ailleurs, des personnages historiques, Mary Anning étant celle qui a découvert le premier ichtyosaure complet (ne me demandez pas ce que c'est).
Passionnant de bout en bout, ce roman à l'écriture limpide est un enchantement, et soulève pas mal de questions importantes telles que la condition des femmes à l'époque, la vision des sciences ainsi que les théories sur l'extinction des espèces, les moeurs de village, l'amitié, ...
Extrait :
"Je regardai le crâne pendant un long moment, en silence, faisant le tour de la table pour linspecter sous tous les angles. (...)
Si ce n'était pas un crocodile, alors qu'est-ce que c'était ? (...) Je m'étais rendu compte lors de conversations sur les fossiles avec les gens de Lyme qu'ils étaient peu nombreux à vouloir explorer des territoires inconnus. (...) Ils aimaient mieux appeler cet animal un crocodile et se garder d'envisager une deuxième solution : qu'il s'agisse d'une créature qui n'existait plus sur cette terre.
C'était une idée trop radicale pour la plupart des gens. Même moi, qui m'estimait large d'esprit, j'étais un peu choquée de la prendre en considération, car elle sous-entendait que Dieu n'avait pas réellement réfléchi à ce qu'Il allait faire de tous les animaux qu'Il avait créé. S'Il était disposé à laisser ses créatures disparaître sans sourciller, qu'est-ce qu'une telle indifférence impliquait pour nous ? L'espèce humaine allait-elle s'éteindre, elle aussi ? En contemplant ce crâne avec ses immenses yeux ronds, j'avais l'impression de me tenir au bord d'une falaise".
15 juillet 2010
La séance, de John Harwood
Angleterre, fin de l'ère victorienne. La jeune Constance Langton apprend avec stupeur qu'elle hérite d'un vieux manoir, Wxraxford Hall, de sinistre réputation. En effet, tous ses prédécents occupants sont morts ou ont disparu dans des circonstances mystérieuses. Constanc doit aussi faire face à la dépression de sa mère, depuis la mort de sa petite soeur. Elle recourt aux séances de spiritisme dans l'espoir de contacter l défunte et ainsi réconforter sa mère ... jusqu'au drame.
Constance découvre également deux journaux intimes : l'un de son avocat, témoin privilégié des mystères du manoir et qui fait là sa confession; et celui d'Eleanor, une jeune femme disparue avec sa fille. Constance poursuit ses recherches sur son mystérieux leg et va de surprise en surprise, d'une histoire de meurtre en interrogations sur son propre passé.
Publié sous une très belle couverture aux éditions Cherche Midi, ce roman est envoûtant à bien des égards et ne déçoit pas une seule seconde. L'intrigue à tiroir monte en crescendo, les différents narrateurs livrent chacun des indices jusqu'au bouquet final, que j'ai dévoré (et de nuit, s'il-vous-plaît). L'écriture est plaisante et les personnages féminins sont très attachants. L'aspect gothique "manoir, tables tournantes, mystère et brume" est bien présent, mais cache des vérités impossibles à deviner pour le lecteur. Un bon gros thriller en somme, qu'on lit presque d'une traite et auquel on repense encore après la lecture, en essayant de tout délier.
Si l'on devait vraiment lui trouver un défaut ce serait peut-être le côté invraisemblable de certains événements. Mais si l'on plonge dans le roman en acceptant de se laisser entraîner, cela passe comme un bon gros bonbon qu'on dévore.
La première phrase
"Je n'aurais jamais commencé les séances si ma soeur Alma avait vécu".
27 décembre 2009
Le livre des choses perdues, John Connolly
Ce roman, publié aux éditions L'Archipel, a connu deux publications : l'une pour adultes et l'autre pour un public adolescent. J'ai eu en mains les deux versions et, apparemment, seule la couverture change (à droite, le design "enfant" ... nettement moins joli non ?)
Autant l'annoncer tout de suite : aucun livre ne m'a autant enthousiasmée depuis "Princess Bride" en septembre.
Revenons au début. Le pitch.
David est un jeune garçon dont la mère vient de mourir. Son père se remarie peu après et David se retrouve avec une belle-mère et un demi frère, pour qui il n'éprouve que rancune. C'est le début de la seconde guerre mondiale, en Angleterre. David sombre peu à peu dans la tristesse et bientôt il se met à entendre les livres de sa bibliothèque murmurer, à sentir une présence inquiétante, qu'il nomme "l'Homme Biscornu". Un soir, dans le jardin, David est attiré par la voix de sa mère disparue et bascule dans un autre monde .... un monde fantastique peuplé de magiciennes, de trolls, de Sire-Loups, de bêtes affreuses, de chevaliers et de personnages étranges. Perdu, il fera beaucoup de rencontres et sera confronté à bien des dangers, dans sa quête du roi de ce pays, dont les gens disent qu'il possède un mystérieux livre, le Livre des Choses Perdues, et qui contient peut-être la solution pour que David puisse retourner dans son monde à lui.
Une fois ce roman ouvert, je suis retombée en enfance devant ce monde merveilleux et terrifiant, devant les trouvailles de l'auteur (les Sire-Loups, les contes de Roland et du Garde Forestier sont envoûtants), et me suis retrouvée entraînée dans les aventures de David, haletantes et débordantes d'imagination. L'auteur revisite ses classiques et nous présente sa propre version du "Petit Chaperon rouge" et surtout de Blanche-Neige et les sept nains, hilarante. Saviez-vous que ce sont les Nains qui ont tenté d'empoisonner Blanche-Neige avec une pomme, avant de faire porter le chapeau à "cette pauvre vieille marâtre qui, malheureusement, avait un alibi" ? Récit initiatique, récit d'aventures, les contes populaires sont revisités, d'autres légendes sont créées, les personnages sont fascinants (je pense à l'Homme Biscornu et à la Chasseresse, digne d'un film d'horreur).
John Connolly est un auteur de thriller et cela se sent. Plusieurs scènes du livre sont empreintes d'une grande violence, presque gore. Le sang gicle, les mutilations sont nombreuses, beaucoup de personnages sont maléfiques et sans pitié, dignes des pires tueurs en série. Mais l'histoire est très prenante et le monde onirique et magique créé par Connolly en fera rêver plus d'un.
Cela ferait un grand film !
L'écriture est belle et agréable (une très bonne traduction), les chapitres sont courts et l'action de faiblit pas.
J'ai été enchantée de la première à la dernière page, ce qui devient malheureusement assez rare.
Bref, j'ai adoré ce livre et le conseillerai avec plaisir !
03 octobre 2009
Princess Bride, William Goldman
"Princess Bride", c'était d'abord pour moi un film, vu dans mon enfance.
Mais le livre est tellement mieux !
Je préviens que je risque de ne pas être très objective sur ce billet : j'ai trop aimé, que dis-je, adoré ce livre pour émettre la moindre critique.
Sous-titré "Le Grand Classique du Conte de Grand Amour et de Grande Aventure de S. Morgensten", le livre est "la version avec les bons morceaux, merveilleusement abrégée par William Goldman".
Goldman nous conte dans une introduction comment "Princess Bride" a changé sa vie de petit garçon, quand son père le lui a lu. Comment, en fait, le livre de Morgenstern est plutôt indigeste, avec beaucoup trop de descriptions, et qu'il a publié la version abrégée.
Sauf que rien de tout cela n'est vrai ! Morgenstern n'existe pas, Goldman a tout inventé ! Je trouve ça génial. Cela donne au roman un ton unique, une originalité incroyable !
Après l'introduction donc, commence "Princess Bride" : Bouton d'Or est la plus belle femme du monde. Westley est son valet de ferme. Il y a aussi un géant fou de rimes, Fezzik. Un ou deux méchants. Inigo Montoya, qui ne rêve que de retrouver (et tuer) l'homme qui a assassiné son père. Bouton d'Or se fait enlever. Westley disparaît.
Mais j'en ai trop dit ... C'est un conte d'aventure et d'amour, plein d'humour, d'ironie et de poésie, écrit d'une plume légère et captivante. L'introduction est savoureuse, le récit est palpitant, les personnages hyper attachants (mention spéciale à Fezzik et Inigo Montoya !). On ne s'ennuie pas une seule seconde dans cette histoire, "un récit de duels à l'épée, de bagarre, de torture, de poison, d'amour, de haine, de vengeance, de géants, de chasseurs, de méchants, de gentils, de serpents, d'araignées, de monstres, de poursuites, d'évasions, de mensonges, de vérités, de passion et de miracles".
Goldman interrompt parfois le récit de ses commentaires ... soi -disant comment il a coupé une longue desciption barbante et autres anecdotes inventées de toutes pièces ... Loin de faire perdre le fil au lecteur, ces interventions sont (encore une fois) savoureuses, drôles, et donnent l'impression au lecteur que l'auteur est à ses côtés, qu'à lui aussi on lit "Princess Bride", comme le père du petit William le lui a lu.
Amateurs d'aventures, foncez ! Cette lecture vous réjouira. Pour ma
part, "Princess Bride" a d'ores et déjà pris sa place dans mes livres
préférés.
04 avril 2008
Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer

"Mon papa me manque encore plus que quand j'ai commencé."
Oskar Schell découvre dans les affaires de son père, décédé dans les attentats du 11 septembre, une clé au nom de" Black".
Déboussolé
par la perte de son père, distant avec sa mère, isolé à l'école, Oskar
est un petit génie de neuf ans, fan des Beatles et de sciences, plein
de verve, d'humour et de répartie, qui "n'arrête pas d'inventer" et
tient un cahier rempli de photos et d'articles nommé "Trucs qui me sont
arrivés", dont les photos parsèment le roman.
Mais surtout,
Oskar est malheureux et ne surmonte pas la perte de ce père adoré. La
découverte de la clé le pousse à contacter tous les Black de New-york
dans l'espoir de trouver la serrure et d'en découvrir encore plus sur
son père. Il rencontrera, aux quatre coins de la ville, des gens
souvent extraordinaires. Parallèlement à la quête d'Oskar, nous suivons
l'histoire de ses grands-parents, à travers des lettres jamais
envoyées, des textes décousus, pas toujours faciles à suivre mais très
beaux.
Ce livre, extrêmement touchant et incroyablement drôle,
est une mosaique de personnages, de photos, de textes à la calligraphie
bizarre, un objet "ovni", précieux, émouvant et très bien écrit. Le
sujet des attentats est décrit tout en pudeur et en non-dits et nous
fait découvrir une Amérique blessée.
C'est un gros coup de coeur
! L'épouse de l'auteur est d'ailleurs Nicole Krauss, dont le livre
"L'histoire de l'amour" (chroniqué dans "Coups de coeur") est devenu un
de mes livres préférés.
Nul doute que celui-ci y aura sa place également ! Merci donc à mon frère qui m'a fait ce cadeau !
04 septembre 2007
L'histoire de l'amour, Nicole Krauss
Quatrième de couverture
À New York, la jeune Alma ne sait comment
surmonter la mort de son père. Elle croit trouver la solution dans un
livre que sa mère traduit de l'espagnol, et dont l'héroïne porte le
même prénom qu'elle.
Non
loin de là, un très vieil homme se remet à écrire, ressuscitant la
Pologne de sa jeunesse, son amour perdu, le fils qui a grandi sans lui.
Et au Chili, bien des années plus tôt, un exilé compose un roman...
Trois
solitaires qu'unit pourtant, à leur insu, le plus intime des liens : un
livre unique, "L'Histoire de l'amour", dont ils vont devoir, chacun à sa
manière, écrire la fin.
Cet admirable roman, hanté par la Shoah,
offre une méditation déchirante sur la mémoire et le deuil. Mais c'est
avant tout un hymne à la vie, écrit dans une langue chatoyante et
allègre, l'affirmation d'un amour plus fort que la perte, et une
célébration, dans la lignée de Borges, des pouvoirs magiques de la
littérature. Il impose d'emblée Nicole Krauss comme une romancière de
tout premier plan.
Mon avis
Ces
derniers temps, les livres que j'achète se révèlent souvent être soit
du pur caca (dans ce cas, j'abandonne la lecture et vous n'en saurez
jamais rien), soit des petites perles. "L'histoire de l'amour" fait
partie de la deuxième catégorie. Je crois avoir trouvé un deuxième
roman à emporter sur une île déserte, avec "L'ombre du vent" de Carlos
Ruiz Zafon. Ce livre enchanté a été un pur coup de coeur de la première
à la dernière page (il a été dévoré en deux jours !).
Il
contient TOUT ce dont rêve le lecteur : amour bien sûr (filial, amical,
sentimental), passion de la littérature, humour léger, phrases qui
coulent de source, les petits riens de la vie et ses grands drames, de
la poésie, de la tendresse, du mystère, des dessins,... L'histoire est
un puzzle, il faut un peu de patience pour que tout s'emboîte. Le
journal d'Alma est jouissif à lire, tandis que celui de Léopold
bouleverse. C'est un livre qui ne se raconte pas, il se lit ! Il est
truffé de mises en abymes, de surprises, de bons mots, de personnages
attachants, de poésie, de tristesse, de bonheur, de ...
LISEZ- LE !
En bref
lisez-le ..............
La première phrase :
"Quand ils rédigeront ma nécrologie. Demain. Ou le lendemain. On y lira : LEO GURSKY LAISSE DERRIERE LUI UN APPARTEMENT PLEIN DE MERDE."
Extrait :
"Tant
de mots disparaissent. Ils quittent la bouche et perdent courage, se
promènent à l'aventure jusqu'à ce qu'ils soient balayés dans les
canivaux comme des feuilles mortes. Les jours de pluie, on entend leur
choeur qui coule à toute vitesse :
JétaisunebellefilleNetenvaspasMoiaussijecroisquemoncorpsestenverre
JenaijamaisaimépersonneJemetrouveplutôtdrôlePardonnez-moi...
Autrefois,
il n'était pas du tout inhabituel d'utiliser un morceau de ficelle afin
de guider des mots qui sinon auraient pu vaciller avant d'atteindre
leur destination. Les gens timides avaient une petite pelote de ficelle
dans leur poche, mais les personnes que l'on considérait comme des
grandes gueules en avaient elles aussi besoin, puisque ceux qui ont
l'habitude d'être écoutés par tout le monde sont souvent perdus quand
il s'agit d'être écouté par une seule personne. (...). Quand le monde
est devenu plus vaste et qu'il n'y eut plus assez de ficelle pour
empêcher que c que les gens voulaient dire ne disparaisse dans cette
immensité, le téléphone fut inventé. Parfois, il n'y a pas de longueur
de ficelle suffisante pour dire les choses qui ont besoin d'être dites.
Dans ces cas-là, tout ce que peut faire la ficelle, quelle que soit sa
forme, c'est guider le silence de quelqu'un."










