couronne
Anne, Michelle et Teri, trois adolescentes américaines, partent pour la première fois loin de chez elles, au Mexique, pour le "Spring break", rituel américain des vacances de printemps. Elles sont logées à l'hôtel, qui grouille de jeunes venus profiter de leur liberté, se saoûler d'alcool et de soleil, faire la fête à en perdre conscience. Teri les délaisse bientôt pour se joindre à la mêlée, tandis qu'Anne et Michelle veulent partir à l'aventure, au-delà de l'hôtel. Elles décident de suivre un inconnu leur proposant une visite dans un temple maya ... pour leur plus grand malheur.


Les chapitres, courts, font alterner le "Je" de Anne et le point de vue de Michelle, à distance. Anne raconte les faits, les détails, de manière objective, tandis que la narration pour Michelle est poétique, empreinte de mystère, comme si les deux amies n'étaient déjà plus à égalité. Anne reste sur terre, tandis que Michelle fonce dans son "aventure" et y voit une expérience presque mystique. La troisième, Terri, représente la masse des autres ados, ceux venus s'amuser, se défoncer, une ombre floue qui boit, danse, s'expose trop au soleil et s'effrondre sur son lit inconsciente. Anne et Michelle veulent plus que cela. Entourées de conseils de prudences par leurs mères, elles font tout le contraire : oublient leur crème solaire sous la brûlure du Mexique et surtout acceptent de suivre un inconnu dans la jungle.

"Il avait suffi de quelques heures de voyage, mais l'idée que le monde était petit, qu'elles pouvaient rentrer chez elles en un clin d'oeil, n'était qu'une impression trompeuse. Elles étaient très loin de chez elles. (...) Ce ciel et cette mer ne servaient pas uniquement de décor à l'Hôtel del Sol. Ils ne faisaient pas qu'offrir une plage où jouer au volley à des bandes de jeunes Américains. Ils constituaient un enchaînement de mystères formidables. ils existaient bien avant tout le reste et perdureraient après le départ des touristes. (...) Sans électricité ni personne alentour, il était possible de s'imaginer en aventurière foulant ces terres pour la première fois, se dit Michelle. Seule au milieu de la péninsule du Yacatan, perdue dans la jungle bruissante d'animaux, dans le noir le plus complet, au bord de cette grande énigme -jusqu'à ce que la lumière réapparaisse, se fasse de plus en plus intense, se répande, plus éclatante que jamais".

Le suspense se fait haletant, au fur et à mesure des chapitres où l'on suit les deux jeunes filles, et le drame se profile. Inévitable. Mais quel sera-t-il ? Le lecteur ne peux plus lâcher le livre et frémit avec Anne, tout en pressentant que le danger vient peut-être d'ailleurs.

"Je tentai de me rassurer en me disant que le site serait envahi de touristes en majorité américains. Ander ne nous aurait pas emmenées dans un endroit où tout le monde nous verrait avec lui si ... Anne, t'as trop regardé la télé, pensai-je alors. Anne, n'accepte jamais rien d'un inconnu, susurra ma mère ...".

Puis les événements s'enchaînent, et l'écriture magnifique de l'auteur ne nous en présente aucun détail. On ne saura rien des atrocités subies, il n'y aura pas de scène "du crime". Le mystère restera entier, jusqu'aux toutes dernières pages qui, elles aussi, nous laissent un peu sur notre faim. Mais c'est tellement plus fort ainsi ...

Roman d'apprentissage donc, où les deux héroïnes partent vers l'inconnu dans une joyeuse naïveté et finissent dans un cauchemar, loin des vacances annoncées, loin de leur jeunesse insouciante, "La couronne verte" est un roman magnifique, fort, merveilleusement écrit, qui vous drogue et vous accroche à ses pages jusqu'à la dernière, haletant.